« Diaconia 2013 » dans la dynamique de « Quo Vadis » – Diocèse du Mans

Depuis deux ans dans le diocèse du Mans, Monseigneur Yves Le Saux a lancé une démarche intitulée « QUO VADIS » où vas-tu ?

Cette question posée par  les disciples à Jésus , nous voulons la faire nôtre.

La première année, à chaque chrétien il a été distribué le livre des actes des apôtres, charge à lui de trouver quatre ou cinq autres chrétiens pour lire la Parole de Dieu sous le regard de nos expériences de vie sans chercher à faire une quelconque exégèse mais en s’appropriant à frais nouveaux cette invitation à vivre du Christ ressuscité. Cette année est écoulée.

La deuxième année  où nous venons d’entrer, est une invitation à ouvrir nos groupes à d’autres, chrétiens ou non,  pour lire ensemble l’évangile de Luc et entendre comment cette parole de miséricorde résonne en chacun. Plus de 100 000 exemplaires sont ainsi mis à la disposition de tous dans notre diocèse. Chaque chrétien reçoit deux livres :  un pour lui, l’autre à donner en laissant le soin d’offrir un possible partage au travers de cette expérience. Dans certains lieux, des livres sont donnés de main en main pour toucher ceux qui n’oseraient pas venir vers nous ou vers lesquels nous n’irions pas forcément. Ainsi fut fait lors de la journée du patrimoine, lors de visites pastorales de notre évêque, lors de rassemblements populaires, aux invités lors des baptêmes, mariages  etc…

Il ne s’agit pas de faire du prosélytisme mais de mettre la Parole, le Christ à proximité de celui ou celle qui désire s’en saisir et en vivre à son rythme, à la façon dont l’Esprit lui donnera de l’entendre.

La démarche Quo Vadis : une source pour la Diaconie, une marche vers Diaconia 2013.

Il ne fut pas difficile à des personnes ayant vécu la précarité ou la vivant encore de se mettre en route dans cette démarche car ils le faisaient déjà depuis de longues années. De plus, depuis deux ans ces personnes engagées dans le refus du malheur et de la misère sont  parties prenantes au sein des groupes « Pierre d’angle » d’une démarche spirituelle où ils témoignent de leurs expériences vécues avec le Christ, avec Marie,  avec leurs frères.

Mais si ce lieu du partage de l’évangile, de leur Foi est devenu pour eux le lieu de leur résurrection , il l’est devenu tout autant pour tous ceux qui se sont joints à nous

Pour les uns souvent fragilisés, ce partage de la Parole devient au fil des rencontres : libération, étonnement, considération,  guérison : « enfin on a besoin de moi, enfin je peux quelque chose pour toi. »

Et pour les autres ce partage désencombre, ouvre des mondes inconnus, étrangers mais qui donnent corps à la Parole, dévoilent une Parole brut, vécue en vérité . Cette rencontre devient irréversible et change le mode de présence aux autres : « je ne ferais plus sans toi »

Voici quelques témoignages (livrés en toute liberté mais rendus anonymes) sur ces partages de la Parole.

 Une libération : La Parole libère la parole.

 « Le partage de l’évangile est un bonheur pour moi, je ne pensais pas que Dieu pouvait nous aider avec ce que les autres disent comme cela … Je pensais que Dieu était lointain et indifférent et aujourd’hui çà change ma vie.

Maintenant je me sens utile, je me suis rendu compte qu’en rendant service , j’étais capable de faire des choses. Et quand je pense qu’ il a fallu que j’ai soixante ans pour que cela m’arrive ! »

 « Si je ne peux pas venir, ça me manque. Je m’arrange toujours pour ne pas avoir de « chimio »  ce jour là  ;

« Moi je regrette de n’être pas rentré dans le groupe plus tôt ».

« Moi, j’avais envie de découvrir une façon de faire, et je ne regrette pas car on se sent à l’aise pour s’exprimer, on apprend des choses on se respecte et c’est tellement gai. »

« Moi je ne parlais jamais au début , on a toujours peur de ce qu’on dit alors on préfère se taire mais ça n’empêche pas d’écouter et de méditer. J’écoutais beaucoup, mais ça m’a apporté beaucoup »

« Dès fois c’est dur mais c’est un travail d’ensemble ».

Un étonnement : La Parole vous atteint , elle est pour moi.

 « Le Christ, il ne regarde pas notre passé »

« la parabole du bon samaritain, j’avais jamais rien compris, c’est ici que je l’ai comprise, ça vous aide dans une vie.

« Ah, l’enfant prodigue, comme je me trouve près de lui »

« moi ce qui me marque le plus de Jésus c’est son refus de la misère : c’est la femme qui donne sa piécette…  »

« Dieu c’est sa force qui te tient debout, c’est la pierre d’angle »

« Dieu il avait peur de ce que je vivais »

« Dieu on ne le voit pas mais on parle de lui, ah oui ça on parle de lui »

Et l’un reprend une Parole du père Joseph Wrésisnki

« le pauvre a Dieu dans lui, mais il peut pas le dire car c’est tout ce qui lui reste ».

 Une guérison : La Parole me guérit .

 « j’avais peur et cela s’est bien passé ».

« Maintenant tu parles disent ses amies ».

« Moi je ne parlais jamais au début , on a toujours peur de ce qu’on dit alors on préfère se taire mais ça n’empêche pas d’écouter et de méditer. J’écoutais beaucoup, mais ça m’a apporté beaucoup »

En ce lieu où se dévoilent tant d’injustices, de colères, de misères dans la vie des personnes, leurs expériences de vie étalées sans concession et qui les condamnent bien souvent aux yeux des autres,  deviennent peu à peu sous le regard du crucifié, leur force de résurrection.

En même temps ces expériences entendues,  comme celles de victimes à propos du Pardon, creusent en moi  un espace d’accueil où seul le regard du Christ me permet de tenir et de voir « juste ».

En ce lieu sont livrées des révoltes qui en disent long sur le regard de justice et d’amour porté par les blessés sur plus pauvres qu’eux  . Leurs révoltes deviennent des lumières d’humanité.

« Moi ce qui m’insupporte c’est que quelqu’un puisse vivre et mourir dans la rue sans avoir existé pour personne »

Moi je pense à tous les jeunes qui n’ont pas de boulot et qui errent sans but dans les rues. Je sais qu’ils peuvent être détruits, alors surtout qu’ils rencontrent quelqu’un de confiance et que leurs parents leur donnent une chance »

Le partage de la Parole ne s’arrête pas à la fin d’une rencontre, il continue son chemin dans le cœur et l’esprit des participants. Laissons l’un ‘entre eux le dire à sa façon :

« Moi, j’emporte la feuille (celle des textes sur lesquels on échange), je les relis à la maison et je me remets tout ce qu’on a dit dans la tête et c’est là que je comprends mieux ».

Dans nos communautés chrétiennes nous ne savons pas assez que nous détenons un trésor exceptionnel, que nous ne devons pas le garder dans un musée et qu’il n’est pas réservé aux spécialistes en spiritualité : l’Evangile.

N’ayons pas peur de proposer à tous de partager cette Parole. Il ne s’agit pas de l’imposer mais de demander à TOUS, s’ils le désirent, de nous dire comment elle résonne en eux et dans leur vie.

Bien sûr nul ne peut faire l’économie de l’amitié qui commence par la confiance et la réciprocité, mais nous ne devons pas regarder les personnes côtoyées comme des personnes qui manquent mais comme des personnes qui ont quelque chose à donner.

Servir n’est-il pas de permettre à chacun de pouvoir donner !

Je puis témoigner que lire l’évangile avec des personnes en situation de pauvreté ou l’ayant connu a complètement modifié ma façon de regarder l’autre et le Tout Autre. Je puis témoigner aussi que les expériences de partage avec eux ont servi à d’autres mieux lotis et que tous en sont sortis bouleversés.

Claude Cosnard (diacre du diocèse du Mans, membre de «  Pierre d’Angle »)

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